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Tendance / 22/09/2014

Champ de mines

N ouvelle donne politique. François Hollande a chargé Manuel Valls de cogner, bilan contre bilan, sur Nicolas Sarkozy. Côté UMP, Alain Juppé va tenter de bâtir une stratégie de différenciation par rapport à l'ancien président. Au-delà de la performance de sa conférence de presse plutôt réussie techniquement, le chef de l'Etat, redoutent des proches, pourrait ne pas en avoir fini avec les initiatives de Valérie Trierweiler contre lui. Au point que les mêmes imaginent Ségolène Royal intervenir le cas échéant comme dernier bouclier. D'aucuns le pressent aussi de corriger des facilités qui entameraient sa stature présidentielle, comme celle de se laisser tutoyer en public par certains de ses jeunes collaborateurs.


La classe politique s'attend à de nouveaux soubresauts concernant les affaires. Le dossier Thévenoud pourrait encore alimenter des révélations de presse. A Bercy, il se murmure que d'autres parlementaires auraient des situations fiscales obscures. Par ailleurs, dans la foulée du scandale qui éclabousse plusieurs sénateurs UMP, les projecteurs devraient bientôt viser tous les micropartis ou structures discrètement créés par certains élus et qui nourrissent de curieux transferts d'argent.


Autre préoccupation du Château : le risque d'une démonstration de rue inopinée sur le thème du « Hollande, dégage ! ». Des messages circulent en effet sur les réseaux sociaux pour transformer la manifestation, le 5 octobre, des anti-Mariage pour tous en protestation en ce sens. Cette perspective aurait d'ailleurs poussé le gouvernement à lâcher un peu de lest sur le dossier des professions réglementées, par crainte d'une coagulation dans la rue entre les deux mouvements.


Pour briser le mur de défiance de l'opinion vis-à-vis des dirigeants, Alain Juppé va vanter un triple principe : honnêteté, visibilité (définition d'un cap et chemin pour l'atteindre), et méthode pour faire (il préfère les do tanks aux think tanks). Le maire de Bordeaux surprend aussi ses soutiens venus du gaullisme en expliquant que, selon lui, « il existe un peuple du centre ». Allusion à l'axe Juppé-Bayrou qui devrait concurrencer Sarkozy et qui serait tout le contraire d'une revanche. Il est rejoint par des hauts fonctionnaires strausskahniens qui se prennent à rêver d'un drôle de tandem pour faire les réformes : Juppé à l'Elysée et Emmanuel Macron à Matignon.


A Bercy et à l'Elysée, on s'inquiète d'un possible changement de comportement des grands gérants de fonds dans les prochains mois. Ceux-ci pensaient jusqu'ici que l'économie européenne allait repartir et ils doivent désormais déchanter avec le cas de l'Allemagne ou encore l'opération vérité en cours dans l'Hexagone. Considérant que l'Europe est devenue une zone à risques, ils pourraient donc bien migrer vers les Etats-Unis, attirés par l'appréciation du dollar. Du coup, le spread pourrait se renverser au profit des Etats-Unis et l'ensemble des économies européennes ne pourra plus se financer à des taux aussi bas qu'aujourd'hui. Ceux-ci pourraient donc augmenter à l'horizon fin 2015-début 2016. Ce qui serait le coup d'assommoir pour les dirigeants français, en servant de déclic pour des programmes de réformes radicales en vue de 2017.


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23/09/2023