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TERRITOIRES / 28/03/2014

Les enjeux de l'open data municipal

En septembre 2013, le gouvernement publiait un vade-mecum sur l'ouverture et le partage des données publiques, rappelant que le droit d'accès s'impose aussi aux collectivités territoriales. En octobre, naissait l'association Opendata France, qui rassemble les villes pionnières en la matière comme Rennes, Nantes, Montpellier et Bordeaux. Début février, l'association non partisane Regards Citoyens, qui milite pour l'open data, lançait le site NosFinancesLocales.fr. Il offre une présentation plus ergonomique des données financières des communes à partir d'indicateurs fournis par Bercy.

Pas de doute, le mouvement en faveur de l'open data municipal s'accélère. En accédant par Internet à une masse considérable de données publiques, les citoyens, associations, entreprises, experts de la gestion publique comme élus de l'opposition pourront peser dans le débat démocratique, voire contribuer à améliorer les politiques publiques. Déjà consultables en mairie, ces données sont souvent publiées dans des formats papier ou informatiques difficilement exploitables, ce à quoi entendent remédier les promoteurs de l'open data. " Si vous souhaitez consulter les marchés publics conclus par votre mairie, connaître les indemnités perçues par les élus, il faudra passer des jours à éplucher les milliers de délibérations prises par le conseil municipal et décisions du maire ", pointe François Massot, l'un des fondateurs de Regards Citoyens, qui milite pour la mise en ligne des données publiques.

Des villes pionnières en la matière font heureusement bouger les lignes. Montpellier a ainsi mis 120 fichiers en ligne sur la gestion de son environnement, la pollution, le patrimoine de la ville, les équipements culturels et sportifs, et le budget. " Les aspects budgétaires sont présentés sur cinq ans sous forme de tableaux de type Excel pour faciliter toutes sortes de tris et de traitements ", précise Jean-Marie Bourgogne, responsable du programme Montpellier territoire numérique.

La publication des données issues de l'open data intéresse aussi de petites entreprises locales qui développent des applications mobiles améliorant la vie quotidienne, en partenariat avec les mairies ou en misant sur la publicité. A Rennes, " l'une des plus populaires permet de connaître l'horaire du prochain bus station par station ", explique Bernadette Kessler, responsable du service innovation numérique. A Paris, l'application Paris Moov' calcule votre itinéraire optimal en prenant en compte les données, horaires et disponibilités des différents moyens de transport public (bus, métro, RER, Vélib' et Autolib').

Si l'Etat encourage les collectivités locales à promouvoir l'open data, " l'accent n'est pas véritablement mis sur la dépense publique ", regrette Samuel-Frédéric Servière de l'Ifrap. Résultat, les données mises en ligne ne rendent pas forcément compte de la qualité de la gestion, alors même que le contexte économique requiert de réduire les gaspillages, liés notamment au nombre excessif de communes. " Il serait intéressant avec l'open data de faire des comparaisons intercommunales sur certains indicateurs pour répondre à des questions très précises, poursuit Samuel-Frédéric Ser-vière. Ma ville est-elle sous ou suréquipée en piscines compte tenu de sa population? Quel est le nombre de mètres carrés de bureaux par agent? Comment évolue leur taux d'absentéisme ? Les associations vivent-elles essentiellement des cotisations de leurs adhérents ou bien des subventions de la mairie? "

Ces données sensibles vont constituer la seconde phase de l'open data et obliger les élus à davantage de transparence. On peut en avoir un avant-goût à Bordeaux où le site datajournalismelab.fr, géré par l'Institut de journalisme Bor-deaux Aquitaine, a dressé le palmarès des élus les plus assidus aux séances du conseil municipal durant la mandature. Les Bordelais découvrent que leur maire, Alain Juppé, affiche la meilleure performance avec un taux de présence de 98,18 % et que la lanterne rouge est une conseillère municipale, Sylvie Cazes-Régimbeau, qui affiche un taux de présence de 58,18 % alors qu'elle touche une indemnité de 1 273 euros par mois, mentionnée sur la même page. Un absentéisme que l'élue justifie sur le site par ses activités viticoles et relativise. " Je me rends davantage au conseil municipal quand les sujets me concernent, lorsque je peux y apporter une expertise. " C'est ce genre d'informations issues de l'open data qui devraient à l'avenir pimenter les débats locaux et leur donner du sens...

LE CAS DES PETITES MAIRIES

Par souci de transparence et de modernité, les métropoles régionales développent des portails d'open data, les plus en pointe étant Rennes, Bordeaux, Paris, Montpellier, Toulouse et Nantes. Mais qu'en est-il des petites mairies ? Consciente du coût de traitement des données et de maintenance informatique, la mission Etalab, qui gère la plateforme gouvernementale data.gouv.fr, prévoit de proposer un hébergement informatique et des séances de formation aux petites communes afin que l'open data puisse s'étendre à tous les territoires.

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES