Ornières
Exit les débats sur le "mariage pour tous" : l'enjeu de ce mois de mai, pour le pouvoir, va se cristalliser sur le jugement concernant sa politique économique. L'exécutif va devoir tenir la barre dans un contexte très chahuté, où les protestations venant du Front de gauche et de la droite convergeront vers lui. Jean-François Copé a d'ailleurs, lui aussi, habilement déplacé le curseur en mettant désormais en accusation l'ensemble de la stratégie du tandem Hollande-Ayrault. Le peuple de droite va donc montrer dans la rue son désaveu, quitte à amplifier, voire à déborder les consignes des partis en jouant une version très française des "Indignés". Côté monde du travail, la grogne de la base monte aussi et les signes de durcissement se multiplient.
Dans les coulisses du pouvoir, la situation devient de plus en plus surréaliste, voire intenable. Avec les coups de boutoir de l'aile gauche du PS et le dessein de Claude Bartolone concernant l'après-Ayrault, le chef de l'Etat est bousculé de tous côtés par les siens, alors qu'il voudrait continuer à faire le dos rond face à l'adversité. Et les jugements sévères émanent désormais de certains proches du président, tel Jean-Jacques Augier en privé, qui ont du mal à comprendre les messages contradictoires de l'exécutif. Le désamour du gouvernement tient aussi au mauvais casting des cabinets ministériels. Des responsables du PS ont déjà averti que, pour réussir le remaniement, il faudra aller puiser des conseillers ailleurs que chez les technos qui agacent tant les parlementaires. Au PS, certains s'organisent ainsi pour propulser, le moment venu, un vivier de collaborateurs. Caractéristiques souhaitées : leadership, humilité, empathie et pragmatisme. Tout un programme !
Du côté des entreprises, les grands groupes tirent encore leur épingle du jeu, avec souvent une volonté de se montrer plus optimistes sur la situation en Europe du Sud. Christophe Kullmann, patron de Foncière des régions, se rassure en évoquant des "taux très détendus" en Italie, à moins de 4 %, et des taux d'occupation des bureaux proches de 97 %. Rien à voir avec l'Espagne, où le patron de Carrefour, Georges Plassat, constate pourtant une légère remontée des volumes dans la grande distribution. Mais la situation ne s'améliorera vraiment que lorsque l'immobilier sortira de l'ornière et les banques avec lui, assure Georges Pauget. La récession est loin d'être terminée en Europe, et les prévisions de l'OFCE confirment que la France y est entrée de plain-pied avec un PIB en baisse cette année de 0,3 %.
Les entreprises comme les ménages ont perdu confiance. Les uns épargnent - le taux d'épargne des ménages reste extrêmement élevé à 15,8 % -, les autres estiment que les effets du CICE sont déjà gommés par les hausses d'impôt et se plaignent de l'incapacité du gouvernement à aborder de face la problématique des charges. Une attitude qui, chez les patrons, suscite maintenant un phénomène de ras-le-bol. "Inutile de faire du trapèze volant pour optimiser leur fiscalité, explique l'ex-DG du Crédit agricole, fondateur d'Economie Finance et Stratégie. Les entreprises font leurs bénéfices à l'international, tandis qu'en France ce sont des pertes qui s'accumulent." Un déséquilibre qui n'augure rien de bon pour les prochaines rentrées fiscales.