Tunnels >
Dans un contexte lourd, marqué par l'atonie économique et le cortège d'annonces gouvernementales qui échauffent les milieux d'affaires, le pouvoir cherche à opposer des annonces positives. Mais, après les contrats d'avenir et de génération, le gouvernement manque de cartouches. Des députés, proches de Jean-Marc Ayrault, ont bien conseillé à Matignon de scénariser les différentes étapes de la conférence sociale en soulignant chaque fois les acquis obtenus. Mais ils se sont heurtés à une fin de non-recevoir : "Impossible, car cela braquerait les syndicats et risquerait de radicaliser leurs positions pour la suite." Epitaphe d'un de ces élus : "Avec cette conférence sociale, nous sommes entrés dans un tunnel qui nous empêche de rebondir en termes de communication !"
Le pouvoir a connu des ratés sur plusieurs autres sujets. Ayrault était attendu sur un grand discours charpenté autour de sa vision de l'Europe, mais il n'a pas voulu marcher sur les plates-bandes du président. Du coup, son intervention devant les députés est apparue terne, et François Hollande a dû programmer une prise de parole sur le sujet. Autre bug, celui sur la surtaxation des plus-values de cession de sociétés. Le think tank Terra Nova a été l'un des canaux discrets par lesquels les créateurs d'entreprise ont sensibilisé l'Elysée et Bercy sur ce dossier. Les deux banquiers Guillaume Hannezo et Thomas Chalumeau, chargés du pôle économique de Terra Nova, ont fait remonter des éléments techniques démontrant les risques de cette mesure sur la création des start-up en France.
Le président se dit préoccupé par la brutalité du débat politique. Des proches lui recommandent, du coup, de miser sur la pédagogie et de hausser le niveau de communication du gouvernement. Des élus du PS pointent en particulier l'équipe d'Ayrault, mais aussi le duo de l'Elysée, Claudine Ripert-Landler et Christian Gravel, qui manquerait de cohésion. Le président a, en tout cas, décalé sa conférence de presse à fin octobre ou début novembre afin d'effectuer un premier bilan à six mois et d'ouvrir des perspectives.
Le milieu des affaires continue de broyer du noir. Les patrons redoutent les conséquences de la double panne consommation-investissement. L'un d'eux estime que la hausse de la CSG sera la goutte d'eau entraînant le pays dans la récession. D'autres dénoncent l'improvisation de certaines mesures gouvernementales et l'influence des technocrates des grands corps : "On manque d'interlocuteurs dans les cabinets qui appréhendent les conséquences des décisions qu'ils prennent." L'enquête de conjoncture de la CCIP, réalisée auprès de 5 000 sociétés de toute la France, qui sera dévoilée ce mercredi par Pierre-Antoine Gailly, atteste d'un pessimisme record des chefs d'entreprise. 69 % des dirigeants interrogés jugent inévitable une détérioration de la situation économique à court terme. Un quart seulement déclare avoir l'intention d'investir dans les six prochains mois.