Pétrole : Brésil, nouvel eldorado
S'étalant sur 800 kilomètres, à 200 kilomètres au large des côtes de Rio de Janeiro et de São Paulo, le "pétrole pré-sel", enfoui entre 5 000 et 7 000 mètres sous la mer, derrière une couche de sel, recèlerait entre 60 et 100 milliards de barils de pétrole et de gaz naturel. A la tête de 15,9 milliards de barils de réserves prouvées, le Brésil, avec une production en 2010 de 2,575 millions de barils par jour, compte bien entrer dans le cercle des grandes puissances énergétiques, comme son voisin vénézuélien. Une perspective qui ravissait l'ex-président Luiz Inácio Lula da Silva, qui voyait le pré-sel comme un "cadeau de dieu" dont la "richesse, bien explorée et bien administrée [pouvait] créer de grandes transformations".
Cette ambition fait du Brésil un pays très attractif pour les entreprises étrangères. "On parle sans cesse des jeux Olympiques de 2016, organisés à Rio de Janeiro, mais cela ne représente qu'une partie infime du total des investissements que le pétrole va engranger", souligne Cédric Filet, président d'Aldelia, une société de recrutement récemment implantée à Rio. Conséquence, aujourd'hui, un visa sur trois est accordé à un étranger qui va travailler dans le secteur pétrolier. Une étude du chasseur de tête Michael Page révèle qu'au premier semestre 2011, dans l'Etat de Rio de Janeiro - dont dépend 80 % du pétrole brésilien en eaux profondes -, 60 % des contrats des entreprises locales et étrangères concernent cette industrie.
Ubifrance a ainsi dû limiter le nombre d'inscriptions au salon "Brasil offshore", qu'il a organisé à Macaé, au nord-est de Rio, en juin dernier. Trente-trois entreprises françaises étaient présentes, "soit une augmentation de 80 % par rapport à 2009, notre pavillon était complet", explique Michel Curletto, responsable de ce réseau à Rio, qui observe une accélération des implantations de PME françaises. D'ici à la fin de l'année, dix-sept vont s'installer au Brésil. C'est le cas d'Ixblue, qui propose des moyens de communication sous-marine, ou de BMTI, qui utilise des polymères isolants afin d'alléger les structures et garantir la flottabilité des tuyaux qui acheminent le pétrole vers les plates-formes.
Un marché prometteur, certes, mais le Brésil est "un pays contraignant, avec une des législations les plus compliquées au monde", avertit Michel Curletto. La découverte du nouveau pétrole avait incité le président Lula à modifier les règles d'exploitation en mettant fin, en 2009, au régime de concession pour le "pré-sel", au bénéfice des multinationales propriétaires du pétrole qu'elles découvraient et qu'elles vendaient. Aujourd'hui, Petrobras est le seul et unique opérateur. Mais les entreprises étrangères peuvent entrer dans un consortium, au côté de la compagnie nationale, comme co-investisseurs. L'extraction du pré-sel représente un défi technologique car le forage en eaux profondes, voire ultra-profondes, dans le sable et la roche est long et coûteux. "Le pré-sel constitue une fenêtre d'opportunité unique pour les étrangers, mais il faut garder les pieds sur terre, et ne surtout pas croire qu'au Brésil on peut signer des contrats en l'espace de quelques mois", note Michel Curletto.
Mais l'appétit suscité par ces découvertes nécessite une adaptation du marché de l'emploi pour satisfaire la demande croissante de main-d'oeuvre. Le Brésil impose un quota de locaux par plates-formes allant jusqu'à 90 % pour les ingénieurs. Une exigence difficilement réalisable aujourd'hui, même si les étrangers avec un visa permanent - formés ailleurs - sont comptabilisés comme Brésiliens. "Il n'existe pas d'équivalent des BTS pour former des techniciens, des soudeurs et des mécaniciens. Il faut investir dans ces types de formations", explique Cédric Filet.
Les Brésiliens sont cinquièmes au palmarès de la rémunération du secteur pétrolier, selon l'agence de conseil australienne Hays. Les salaires ont augmenté de 12 % en un an, et plus encore pour les ingénieurs mécaniques et la construction navale. L'envolée s'explique par l'absence de main-d'oeuvre qualifiée, le pays ne formant pas assez d'ingénieurs pour satisfaire la gourmande industrie pétrolière. Selon Aureo Pasqualetto, professeur à l'université Unisanta, à Santos, principal port du pays, "il faudra 200 000 professionnels pour répondre à la demande des plates-formes pétrolières".
Dix-sept entreprises françaises du secteur de l'énergie vont s'implanter dansle pays d'ici à fin 2011.
Marie Naudascher
Redistribuer les royaltiesD'ici à ce mercredi, le Congrès brésilien devra trancher. Les royalties du pré-sel seront-ils redistribuées entre les Etats producteurs ou bien répartis dans l'ensemble du pays ? Dans l'Etat de Rio de Janeiro, le débat est vif. La semaine dernière, Sergio Cabral, le gouverneur de l'Etat, a directement accusé la présidente Dilma Rousseff de "lâcheté" et lui a prédit une "tragédie électorale" à Rio si elle ne défendait pas les Etats producteurs. L'ex-président Lula s'était lui élevé contre la répartition des royalties entre tous les Etats du pays.