Un cran au-dessus
Déni de réalité ou stratégie feinte de déni ? Un ministre important du gouvernement s'est posé la question en sortant dernièrement d'un tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy. Venu l'entretenir de dossiers de son ministère, il s'est retrouvé devant un président qui a passé son temps à théoriser qu'il avait repris la main et qu'il gagnerait en 2012. En tout cas, G8 et initiatives à l'international aidant, le président se sent remonter la pente. Pas peu fier de ses décisions, comme celle de nommer Dominique Baudis en tant que Défenseur des droits. Clin d'oeil aux centristes et habileté dans le contexte de l'affaire Ferry.
Le président est attendu sur quelques autres choix de casting, la succession d'Anne Lauvergeon chez Areva et celle de Christine Lagarde à Bercy, si celle-ci rejoint le FMI. Le scénario d'un jeu de chaises musicales au sein du gouvernement est évoqué. Bruno Le Maire est souvent cité, mais les crises agricoles (sécheresse, bactérie tueuse) poussent au statu quo au ministère de l'Agriculture. Des patrons ont même suggéré à l'Elysée de contourner ces difficultés en faisant appel à Michel Pébereau, désormais disponible...
La pression monte pour la ministre-candidate au FMI. La commission des requêtes de la CJR devrait se réunir ce vendredi concernant l'affaire Tapie alors que Lagarde tentera le même jour de séduire les pays africains en participant à l'Assemblée de la BAD. Les appuis à la ministre française cachent des arrière-pensées : son arrivée au FMI gêne les Américains car ils redoutent ensuite le forcing des pays émergents pour récupérer la présidence de la Banque mondiale. Le profil de Lagarde, qui n'est pas économiste, reste son point faible, au point que certains à Bercy verraient bien alors Benoit Coeuré, numéro 2 du Trésor, remplacer Ambroise Fayolle comme administrateur de la France au FMI, afin de l'épauler.
Un haut dirigeant du FMI de retour d'Athènes n'en revient pas : les chefs d'entreprise et les banquiers lui ont demandé non pas davantage d'indulgence mais plus de rigueur envers la Grèce ! Selon lui, le gouvernement, divisé et soumis à la pression des lobbies, ne fait pas grand-chose pour faire rentrer les impôts, et ne tiendra jamais ses promesses de réduction des déficits publics. L'entourage d'Angela Merkel reconnaît que la seule solution est de mettre la pression sur Athènes : laisser tomber la Grèce coûterait trop cher aux banques européennes et en particulier allemandes. Pronostic d'un commissaire européen : "Il y a peu de chances que les conditions de financement du pays sur les marchés financiers s'améliorent, contrairement à ce qui avait été espéré après le premier renflouement. Tout cela finira comme au Royaume-Uni à la fin des années 1970, sous la tutelle du FMI."
A gauche, l'épisode judiciaire de ce lundi pour DSK va raviver les douleurs de la famille socialiste. Les aubrystes voudraient accélérer pour casser l'avance de François Hollande, parvenu à un palier. Les amis de ce dernier lui conseillent de continuer les sorties médiatiques et en régions. Tout en se hissant d'un cran. Autour de quelques idées, dont son équipe discutera avec lui aujourd'hui.