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Médias / 11/05/2011

De quoi Powerpoint est-il le nom ?

Toute stratégie, qu'il s'agisse de celle d'un Etat ou d'une entreprise, est une pure hypothèse. Un pari sur les tendances de la démographie, l'évolution des modes de vie, l'équilibre géopolitique, le cadre macro-économique ou les mouvements de la concurrence. Depuis la fin du XIXe siècle, quand les Prussiens inventèrent le Kriegspiel - littéralement jeu de guerre -, les militaires pratiquent la simulation pour évaluer "en chambre" tous les aspects, de la logistique à la diplomatie, d'un éventuel conflit. De leur côté, les économistes ont pris l'habitude de simplifier et de modéliser l'environnement pour faire des scénarios, avec plus ou moins de bonheur puisque la plupart n'ont jamais vu venir les crises...

Par mimétisme avec les militaires et les économistes, les entreprises ont pris l'habitude de simplifier et de modéliser, échafaudant des scénarios, parfois très sophistiqués, reposant sur des batteries de chiffres, de graphes, de courbes et d'indicateurs. Ce n'est pas le seul point commun entre les gouvernements, les armées, les experts de Davos, les consultants et les chefs d'entreprise. Leur point commun le plus structurant dans la décision s'appelle Powerpoint. Cet outil " désaffective, irréalise et met à distance, écrit Frank Frommer dans La Pensée Powerpoint. Il permet de poursuivre la dissémination de la pensée unique, avec ses valeurs de simplicité, rapidité, performance, etc. tout en déresponsabilisant ses propagateurs et en continuant à séduire des victimes hypnotisées par la beauté des chiffres et de courbes. "

Il ne s'agit pas de fustiger un simple outil. Mais de se demander, avec Hervé Juvin pourquoi il suscite un tel engouement. En gros, " de quoi Powerpoint est-il le nom ? ". Ce logiciel est d'abord le véhicule des boîtes à outils stéréotypées qui évitent de penser. Il contribue à une forme de standardisation qui ne peut secréter que du conformisme. Toutes les entreprises d'un secteur utilisant les mêmes béquilles du prêt-à-penser prendront les mêmes décisions, toutes au même moment. Autre défaut majeur : ce genre d'outil éloigne les individus du réel. Il rend l'univers abstrait, dispensant d'aller sur le terrain pour comprendre le monde. Enfin, il met au même niveau des hypothèses, des choix, des plans d'action et des éléments de communication sur ces plans d'action. D'où un degré de mobilisation collective proche de zéro ! La stratégie étant " un art d'exécution ", c'est dangereux.

Il est temps de ne plus accepter ce qui nous rend stupides !

Dominique Michel, coordinatrice rédactionnelle - L'Epansion Management Review mars 2011

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