Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
TERRITOIRES / 23/06/2014

Le GIGN diversifie ses financements

Le GIGN (Groupement d'intervention de la Gendarmerie nationale) n'a pas attendu ses quarante ans, ce mercredi, pour devenir une vitrine de l'excellence française. Auréolés de leurs succès à Djibouti, à La Mecque ou à Marignane, ses 400 supergendarmes de Satory croulent sous les sollicitations à l'export et en France pour transmettre leur savoir-faire. A en croire son commandant, le général Thierry Orosco, 52 ans, sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Au contraire : " Quand j'y suis arrivé au milieu des années 80, c'était la fin du Far West. Lors de ma seconde affectation à la fin du siècle dernier, nous étions une belle PME. Aujourd'hui, il ressemble à une ?company? au sens anglo-saxon du terme ", sourit-il.

Et la " company " voyage. Ses équipes ont sillonnéle Qatar, la Jordanie, le Brésil..., dans le cadre de contrats négociés par les ministères de l'Intérieur ou de la Défense. " Il n'est pas question de faire un copier-coller. Nous ne transférons pas un modèle mais des capacités ", insiste le général. Les recrues sont soumises à des contrôles des connaissances. Pas question non plus pour le GIGN d'en être de sa poche, même si ses missions peuvent être intégralement financées par la Place Beauvau ou l'Hôtel de Brienne, comme lors de la création de la force d'intervention de l'Autorité palestinienne. Outre le défraiement des hommes dépêchés sur place, la facture inclut les munitions tirées. En Inde, si ces questions financières ne se sont pas posées, les supergendarmes ont dû former plusieurs milliers d'hommes et s'adapter à une chaîne de décision différente. Pour leurs confrères libanais impécunieux, ils ont bricolé des moyens d'ouverture hydrauliques de serrure avec des composants agricoles ! Mais l'insolite ne déroute pas le GIGN : au Brésil, c'est la Croix-Rouge qui a réglé l'entraînement des escortes des équipes qu'elle envoie dans les favelas cariocas.

Ces séjours nourrissent son expérience et sa réputation...en France. Sollicité pour aguerrir gendarmes, militaires ou pompiers, le GIGN ne se contente plus d'accueillir des magistrats ou des urgentistes. Troisième de la dernière Transat AG2R La Mondiale, Alexia Barrier a passé une petite semaine à Satory. Au programme : exercices de résistance au stress, tir de précision, etc. " Ces stages sont payés par les fédérations sportives. Nous montrons aussi aux athlètes qu'ils peuvent tomber sur plus forts qu'eux ", explique un autre officier, citant des rugbymen, des judokas... HEC et Epitech frappent à sa porte. La DGA lui adresse des salariés de fournisseurs et de partenaires. Les supergendarmes seraient-ils devenus GO à leur insu ? " Nous n'acceptons que les projets qui peuvent nous apporter quelque chose ", prévient Thierry Orosco.

Bien qu'étant la seule unité militaire à disposerde son propre chéquier, le GIGN est lui aussi mis à la diète financière. Sa dotation pour équipement est gelée à 1,9 million d'euros depuis 2009. Il faut donc trouver 100 000 euros pour boucler son budget. Comme ses prédécesseurs, le général Orosco mutualise certains achats avec le Raid et d'autres forces spéciales. Mais l'exercice montre ses limites : " Nous dépensons 800 000 euros en munitions, une somme modeste. Quant à grouper des commandes, la définition des besoins des uns et des autres entraîne des retards qui ne satisfont personne. "

Conscient de la valeur du label " Made in GIGN ", il multiplie les partenariats avec Renault Trucks Defense et d'autres industriels. Avec le constructeur, les super-gendarmes ont été étroitement associés au développement du Sherpa. L'échelle pour l'assaut de bâtiments ou d'avions ne donnait pas satisfaction ? Un gendarme sera détaché chez ce client pour la perfectionner, avant que le véhicule ne soit homologué, commandé et exporté dans 15 pays, où sa prise en main à été confiée au GIGN. " Nous facturons nos prestations d'ingénierie. Nous négocions aussi des rabais à l'achat et des mises à jour gratuites ", précise le général. Autre projet : favoriser des associations entre sociétés européennes dont les programmes seraient éligibles à des subventions de la Commission.

Le GIGN valorise de plus en plus son label d'excellence." Notre vocation demeure de rester opérationnels toute l'année. Le reste est accessoire ", conclut le général Orosco. Au final, pour lui et ses successeurs, il va falloir éviter de susciter trop de jalousies au sein de la police et des armées.

PRISONS OUVERTES

L'administration pénitentiaire s'ouvre elle aussi. Bien décidée à se débarrasser d'une réputation d'opacité, elle multiplie les " immersions " dans ses 195 maisons d'arrêt, centrales et centres de détention. D'abord, vers les magistrats, policiers et gendarmes destinés à travailler avec ses agents, ou les parlementaires et les journalistes au nom du droit de savoir. Désormais, les salariés de ses fournisseurs (voir La Lettre de L'Expansion n° 2164) peuvent découvrir le monde carcéral. Ces visites s'adressent aussi aux étudiants des universités et des grandes écoles. Avec l'espoir d'attirer de jeunes diplômés formés aux méthodes du management privé ?

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES